Portrait
L'art de
donner une âme
Par Margot, à Cannes
On me demande souvent ce que je fais. La réponse facile, c'est : de la décoration d'intérieur. La vraie réponse, c'est que je passe mes journées à chercher l'âme des lieux — et à la révéler.
Je ne crois pas qu'un intérieur soit un décor. Je crois que c'est un habit — celui que vous portez chez vous, celui qui vous accueille le soir, celui qui dit au monde qui vous êtes sans que vous ayez besoin de parler.
Mon métier, c'est de tailler cet habit pour vous.
Je ne décore pas. Je compose — comme on compose un parfum, une lumière, un silence.
Mes obsessions
Chaque projet commence par une petite obsession. Une matière, une lumière, un détail qui ne me lâche pas. Voici les miennes du moment :
- 01La patine d'un volet bois usé par cinquante étés.
- 02Le bleu Azur qui claque sur une porte crème.
- 03Le craquelé d’une céramique de Vallauris.
- 04La courbe d'une arche dessinée à la main.
- 05L'ombre découpée d'un olivier sur un mur à 17 h.
- 06Le froissé d’un lin écru qui refuse d’être repassé.
- 07L'odeur de la chaux fraîche le jour de la pose.
Mes matières fétiches
Je ne crois pas à la révolution permanente du goût. Je crois à une grammaire — des matières que je revisite, projet après projet, parce qu'elles ont une vérité que rien ne remplace.
- Chaux pigmentéela peau qui respire
- Tomettes de Salernesle sol qui patine
- Lin écrule textile qui plisse bien
- Grès émaillél'objet qui raconte
- Laiton patinéla chaleur métallique
- Bois naturella chaleur brute
- Rotin cannél'élégance désinvolte
- Bejmat marocainla matière graphique
Ma Riviera
La Côte d'Azur que je travaille n'est pas celle des cartes postales. C'est une carte intime — quelques lieux où je reviens sans cesse parce qu'ils me redonnent le ton juste.
Nice (ma ville de cœur)
Les ruelles avant les touristes. L'ocre des façades, le linge qui sèche, l'odeur du café. Personne ne pose pour la photo.
Cannes
Le vieux Cannes, loin de la Croisette. Les escaliers, les toits en tuile, la mer qui apparaît entre deux murs. C'est ça, ma Riviera.
Villefranche-sur-Mer
La rade la plus bleue de la côte. Les maisons couleur abricot qui tombent sur l'eau, la rue Obscure qui sent la pierre froide. C'est là que j'ai compris que la couleur, ça se regarde avant de se choisir.
L'Estérel
Les roches rouges qui contrastent dans le bleu de la mer. Terracotta naturelle contre Méditerranée. Toute ma palette est là, depuis toujours.
La beauté qui m'intéresse n'est pas celle qui se photographie.
C'est celle qui se vit.
À ceux qui me confient
leur intérieur
- De vous écouter avant de proposer. Votre lieu, votre histoire, votre rythme passent toujours avant ma signature.
- De ne jamais signer un projet qui ressemble à un autre. Si deux de mes intérieurs se ressemblent, j'ai raté quelque chose.
- De m'arrêter au bon moment. Un beau projet, c'est aussi savoir ne pas en faire trop.
Travailler ensemble